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Hawala et transferts informels en Afrique : risques LBC-FT

Riskfreen Academy2 août 20265 min de lecture0 vues
Hawala et transferts informels en Afrique : risques LBC-FT

Hawala et systèmes de transfert de fonds informels en Afrique : comprendre et maîtriser les risques LBC-FT

En Afrique subsaharienne, au Maghreb et dans la diaspora africaine à travers le monde, des milliards de dollars circulent chaque année en dehors des circuits bancaires formels. Parmi les mécanismes les plus utilisés figurent le hawala, le ndigël au Sénégal, le tontine transfrontalier ou encore des réseaux de confiance communautaires qui permettent de transférer des fonds rapidement, discrètement et à faible coût. Si ces systèmes répondent souvent à un besoin réel de populations non bancarisées, ils constituent également un vecteur significatif de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme (LBC-FT), particulièrement difficile à surveiller pour les autorités de contrôle.

Pour tout professionnel en finance, conformité ou audit opérant dans un contexte africain, la compréhension approfondie de ces mécanismes est aujourd'hui indispensable. La Expertise en LBC-FT-FP vous dote des compétences nécessaires pour identifier, évaluer et atténuer ces risques spécifiques au contexte africain.

Qu'est-ce que le hawala et ses équivalents africains ?

Le hawala est un système de transfert de valeur basé sur la confiance et sur un réseau de courtiers (les hawaladars) qui s'accordent mutuellement pour régler des transactions sans qu'aucun flux physique de monnaie ne traverse les frontières. Le principe est simple :

  • Un émetteur remet des fonds à un hawaladar dans son pays d'origine.
  • Ce hawaladar contacte un correspondant dans le pays de destination.
  • Le bénéficiaire reçoit l'équivalent en monnaie locale, souvent en quelques heures.
  • Les dettes entre hawaladars sont compensées périodiquement via des marchandises, de l'or, ou des virements bancaires ponctuels.

En Afrique, des variantes locales coexistent avec le hawala d'origine moyen-orientale et sud-asiatique. Les réseaux communautaires de la diaspora ouest-africaine en Europe ou en Amérique du Nord utilisent des mécanismes similaires, souvent adossés à des commerces de proximité : épiceries, agences de voyage, salons de coiffure ou boutiques de téléphonie.

Pourquoi ces systèmes posent-ils un problème LBC-FT ?

Les autorités régionales comme le GIABA (Groupe Intergouvernemental d'Action contre le Blanchiment d'Argent en Afrique de l'Ouest) et le GABAC (Groupe d'Action contre le Blanchiment d'Argent en Afrique Centrale) ont identifié les systèmes de transfert de fonds informels (STFI) comme une vulnérabilité structurelle dans leurs rapports d'évaluation mutuelle. Plusieurs raisons expliquent cette préoccupation :

  • Absence de traçabilité documentaire : Les transactions ne génèrent aucun justificatif formalisé. Il n'y a ni relevé bancaire, ni contrat, ni registre accessible aux autorités.
  • Anonymat des parties : L'identification des donneurs d'ordre et des bénéficiaires est souvent partielle ou inexistante, ce qui rend impossible l'application des obligations de connaissance client (KYC).
  • Opacité des règlements interbancaires entre hawaladars : Les compensations périodiques peuvent être dissimulées dans des flux commerciaux légitimes, rendant leur détection très difficile.
  • Absence de supervision réglementaire : Dans la majorité des pays africains, ces opérateurs exercent sans agrément ni obligation déclarative auprès des cellules de renseignement financier (CRF).
  • Utilisation par des réseaux criminels : Des groupes terroristes comme JNIM, Boko Haram ou Al-Shabaab ont été documentés comme utilisateurs de ces réseaux pour financer leurs opérations à travers le Sahel et la Corne de l'Afrique.

Le cadre réglementaire africain face aux STFI

Les recommandations du GAFI (Groupe d'Action Financière), notamment la Recommandation 14, imposent aux États d'enregistrer ou de licencier les prestataires de services de transfert de fonds et de valeurs (PSTTV), qu'ils soient formels ou informels. Sur le terrain africain, la mise en œuvre de cette exigence reste très hétérogène :

  • Au Maroc, Bank Al-Maghrib a encadré les opérateurs de transfert, avec une obligation d'agrément et de déclarations d'opérations suspectes.
  • Au Nigeria, la CBN (Central Bank of Nigeria) a renforcé la surveillance des agents de transfert de fonds, notamment après les évaluations du GIABA.
  • Dans la zone CEMAC, le GABAC et la BEAC ont émis des circulaires imposant des obligations KYC aux opérateurs de transfert, mais leur application reste lacunaire dans les zones frontalières.
  • Dans plusieurs pays du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), la faiblesse institutionnelle limite considérablement toute forme de supervision effective.

Indicateurs de risque à surveiller pour les professionnels

En tant que professionnel de la conformité ou de l'audit, plusieurs signaux d'alerte doivent retenir votre attention lorsque vous êtes confrontés à des flux potentiellement liés aux STFI :

  • Dépôts fréquents en espèces de montants juste en dessous des seuils déclaratifs (structuring), suivis de virements vers des pays à forte présence de réseaux hawala.
  • Entreprises commerciales (import-export, négoce de marchandises) présentant des flux financiers disproportionnés par rapport à leur activité déclarée.
  • Virements reçus de multiples pays différents par un même bénéficiaire sans justification économique claire.
  • Utilisation intensive de comptes de tiers ou de mandataires pour recevoir ou envoyer des fonds.
  • Clients déclarant des activités de conseil ou de courtage sans structure juridique visible mais avec des volumes de transactions élevés.

Bonnes pratiques de diligence renforcée

Face à ces risques, les institutions financières et les professionnels assujettis doivent adopter une approche de vigilance renforcée adaptée au contexte africain :

  • Cartographier les corridors à risque : Identifier les pays et zones géographiques où les STFI sont prépondérants et adapter les matrices de risque pays en conséquence.
  • Renforcer le KYC sur les entités commerciales : Exiger des états financiers, des contrats commerciaux et des justificatifs d'activité pour les clients dont le profil de transaction évoque des pratiques de compensation informelle.
  • Former les équipes opérationnelles : Les agents en contact avec la clientèle doivent être capables de reconnaître les schémas typiques des STFI et de remonter les cas suspects à la conformité.
  • Collaborer avec les CRF : Transmettre systématiquement les déclarations d'opérations suspectes (DOS) dès qu'un doute raisonnable existe, sans attendre une certitude absolue.
  • Mettre à jour les scénarios de détection automatisée : Intégrer dans les outils de monitoring des règles spécifiques aux flux associés aux STFI.

Vers une régulation adaptée au contexte africain

La solution ne réside pas uniquement dans la répression des STFI, mais dans une régulation proportionnée et inclusive. Plusieurs experts du GIABA et des banques centrales africaines plaident pour une formalisation progressive de ces opérateurs, à l'image de ce qui a été réalisé avec le mobile money. En intégrant les hawaladars dans un cadre réglementaire simplifié, les autorités pourraient à la fois préserver les flux de transferts légitimes — essentiels pour les populations de la diaspora — et renforcer la traçabilité des fonds.

Pour les professionnels qui souhaitent approfondir ces enjeux et se doter d'une expertise reconnue, la Expertise en LBC-FT-FP offre un parcours certifiant complet, ancré dans les réalités réglementaires africaines et internationales.

La maîtrise des risques liés aux systèmes de transfert informels est aujourd'hui une compétence différenciante pour tout professionnel de la conformité en Afrique. Dans un environnement où les flux financiers illicites empruntent des routes de plus en plus sophistiquées, la formation continue n'est plus une option : c'est une exigence professionnelle et éthique.

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